Toile de fond. Collioure, décors de cinéma
Une exposition des affiches des collections de l’Institut Jean Vigo au Château Royal de Collioure.
Un événement proposé par Le Département, du 12 avril – 14 août 2025
Vernissage vendredi 11 avril à 18h30
Site le plus connu des Pyrénées-Orientales et désormais « village préféré des Français », Collioure ne pouvait que séduire, avec sa baie, ses plages, ses ruelles et son patrimoine (église, Château royal…), de nombreux cinéastes, venus chercher là un décor chargé d’histoire ou une station balnéaire séduisante.
En 1955, c’est pour ses paysages et ses monuments que Jean Devaivre tourne la suite de Caroline chérie, Le fils de Caroline chérie, dans de nombreux lieux du département, sur la côte Vermeille et en particulier à Collioure dont on peut apercevoir le célèbre clocher ou encore la tour Madeloc même si l’action est censée se passer à Tarragone.
En 1961, c’est encore dans un film historique que Collioure apparaît, mais cette fois-ci sous sa propre identité. La fête espagnole de Jean-Jacques Vierne est tourné dans tout le département mais c’est Collioure qui abrite les amours, pendant la guerre d’Espagne, d’un engagé dans les Brigades Internationales et d’une journaliste américaine. Lors du tournage, le comédien Peter van Eyck déclarait à l’Indépendant : « Même si on m’avait proposé de tourner pour rien, je serais venu à Collioure et j’aurais répondu présent pour le générique du film. »
En 1962, la « Nouvelle vague » arrive également dans le port catalan. Grisha Dabat et Roger Vadim plantent leur caméra au domaine de Sant Vicens à Perpignan, à Argelès et à Collioure pour Et Satan conduit le bal, une sorte de marivaudage assez désenchanté interprété par une toute nouvelle génération de comédiens qui vont faire parler d’eux : Catherine Deneuve, Jacques Perrin, Françoise Brion, Bernadette Lafont et Jacques Doniol- Valcroze. Le tout jeune Jacques Perrin nouera avec le Colliourenc Louis Baloffi une solide amitié qui durera toute sa vie.
Avec le développement du tourisme à la fin des années 60, le rush vers la Méditerranée amène aussi les comédies populaires à Collioure. La plus célèbre est sûrement Le petit baigneur de Robert Dhéry réalisé en 1968 avec l’immense vedette Louis de Funès. Sa notoriété était telle que le tournage dans les rues du village, et en particulier devant l’hôtel La Frégate, releva de l’exploit tant le public était venu nombreux admirer la vedette au travail. L’exposition propose l’affiche française, au design assez banal et misant tout sur la vedette, et l’affiche polonaise, graphiquement beaucoup plus riche et originale.
Deux autres comédies, que l’on pourrait qualifier de nanars, vont suivre : Et qu’ça saute ! de Guy Lefranc en 1970 avec Henri Salvador et, en 1981, Prends ta Rolls et va pointer du spécialiste des nanars Richard Balducci avec le non moins inénarrable Jean Lefebvre.
En 1970, le cinéaste Norbert Carbonnaux réalise avec L’Ingénu un film ambitieux qui se veut à la fois conte voltairien, western moderne et dénonciation de la bétonnisation de la côte. Le film fait le grand écart entre originalité et ratage total.
En 2010, dans J’ai oublié de te dire, le jeune cinéaste Laurent Vinas-Raymond, enfant du pays, entraîne Omar Sharif en vieux sage perdant la mémoire et la regrettée Émilie Dequenne, dans une vraie visite du département. Nous retiendrons, en particulier, la grande scène de bal populaire ambiancée par le chanteur Cali sur la place de Collioure.
Enfin, l’exposition fait un pas de côté en vous proposant la belle affiche de L’Étalon de Jean-Pierre Mocky tourné essentiellement à Banyuls-sur- mer et Cerbère en 1970 avec Bourvil dont ce sera un des derniers films et surtout Ne nous fâchons pas de Georges Lautner (1966) avec Lino Ventura, Mireille Darc, Michel Constantin et à nouveau Jean Lefebvre. Magie du cinéma, le film débute dans un Collioure entièrement tourné au Cap d’Antibes.
Les affiches présentées ici montrent l’évolution des designs en fonctions de leur époque. Historiquement l’affiche de cinéma était dessinée. Les travaux de Guy-Gérard Noël, un des derniers grands affichistes ayant débuté sa carrière dans les années 30 (Le Fils de Caroline chérie, Et qu’ça saute !), mais aussi Jean-Étienne Siry (Et Satan conduit le bal) et Georges Kerfyser (La fête espagnole) sont représentatifs de cette technique. À partir du début des années 60, René Ferracci modernise l’affiche de cinéma avec la technique mélangeant dessin et collage photos (L’Ingénu, L’Étalon) et ouvre la porte à une nouvelle génération d’affichistes talentueux comme par exemple Guy Jouineau et Guy Bourduge (Ne nous fâchons pas). Petit à petit dans les années 80, les agences de publicité vont prendre le pas sur les affichistes et ne plus proposer que des travaux de montage photos, souvent sans grand génie (J’ai oublié de te dire).
Une exposition conçue et réalisée par l’Institut Jean Vigo à partir de ses collections.
Jacques Verdier / Laurent Ballester

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